"Sans nous, ces géants ne sont rien" : la tribune d’Alexandre Basquin
Publié le 30 janvier 2026Dans le cadre d’un débat sur le numérique, Alexandre Basquin a écrit une tribune publiée dans le journall’Humanité.
"Selon le magazine Time, les géants de la tech auraient « pris les rênes de l’Histoire ». Cela a de quoi inquiéter. Certes, les Gafam diffusent leur récit en masse : leurs innovations technologiques seraient source de bien-être social. Pourtant, leur objectif n’est que celui du profit et non le bien commun. Ils sont d’ailleurs plus riches que certains États… Or, loin de tout progrès, ayons bien conscience que les Gafam nous dépossèdent de nos vies.
À commencer par notre identité avec la captation permanente de nos données personnelles. Les objets connectés suivent nos moindres faits et gestes, comme la vidéosurveillance algorithmique du reste. L’intelligence artificielle générative nous dépouille de nos savoir-faire professionnels, de nos capacités cognitives, de nos réflexions, de notre image. Nous pensons être libres alors que nous sommes aliénés tant ils nous veulent immobiles, isolés, dociles, déshumanisés, happés par leurs mondes virtuels.
En grands marionnettistes et promoteurs du capital, les géants du numérique influent sur nos comportements et mettent sous contrôle notre société qu’ils souhaitent fragmentée. La preuve : leurs réseaux sociaux mettent en avant les contenus les plus toxiques et enferment les utilisateurs dans une communauté de pensée. Les IA génératives ne cessent de créer des besoins inutiles et leur utilisation répétée a des conséquences désastreuses.
Pire, leur projet n’est plus seulement économique, il est aussi politique. Ennemis de toute régulation et des principes démocratiques, les Gafam ont leurs accès à la Maison-Blanche. Et Donald Trump ne vient-il pas d’interdire d’entrée aux États-Unis Thierry Breton, artisan de la directive européenne sur les services numériques ? En réponse à cette menace, la Commission européenne va, malheureusement, assouplir une réglementation qui, jusque-là, était la plus contraignante du monde pour les géants de la tech.
La lucidité et la prise de conscience sont donc un premier pas. Au risque d’être à contre-courant dans cette période hyperconnectée, j’assume dire que nous n’avons pas besoin de leurs réseaux sociaux, ni de leur IA générative. Nous n’avons pas besoin d’eux. D’ailleurs, sans nous, ces géants ne sont rien. De simples colosses que l’on peut briser, des statues que l’on peut renverser.
Pour cela, il faut revoir nos usages et sortir de cette insupportable tutelle numérique. Loin de ces nouvelles technologies qui nous divisent plus qu’elles nous rassemblent, il faut reprendre possession de nos destinées individuelles et collectives.
Le meilleur moyen reste de resserrer nos liens et de redonner du corps à la puissance publique. Pour que les jeunes aient une autre écoute que celle de ChatGPT, pour que les salariés conservent leur savoir-faire, pour que ceux qui ne sont pas d’accord puissent se parler, pour que nous puissions tous être éduqués, soignés, accompagnés loin de ce monstre numérique. Là serait le véritable progrès !"

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