À la tribune

Proposition de résolution "Association de Taïwan aux travaux d'organisations mondiales"

Michelle Gréaume s’exprime au nom du groupe CRCE sur la proposition de résolution concernant Taïwan

Ce jeudi 6 mai 2021, le Sénat examinait dans l’hémicycle la Proposition de résolution "Association de Taïwan aux travaux d’organisations mondiales".

C’est Michelle Gréaume qui s’exprimait à ce sujet au nom du groupe CRCE.

Lire le texte de l’intervention

Madame la Présidente,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,

Cette proposition de résolution nous invite à soutenir la décision du gouvernement d’appuyer le retour de Taïwan au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé, son entrée également à l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale, ainsi que dans la Convention des Nations Unies Contre la Corruption et Interpol, dans un contexte de pressions internationales importantes de quelques pays.

L’île, qui pour rappel a joui du statut de membre observateur de l’OMS de 2009 à 2016 n’a plus été invitée par l’organisation onusienne depuis l’élection à sa tête de l’indépendantiste Tsai Ing-Wen.

Cependant il semblerait que le problème qui se pose aujourd’hui c’est de savoir sous quelle forme se ferait le retour de Taïwan ? En tant que région rattachée à la Chine ou en tant que pays souverain ? Sans même s’interroger sur les revendications territoriales de l’île ?

En 1964, la France avait su se distinguer des autres pays occidentaux en reconnaissant diplomatiquement la République populaire de Chine et en entretenant des relations privilégiées avec Pékin. Sept ans avant que l’Organisation des Nations Unies ne reconnaisse la République populaire de Chine et lui réserve le siège au Conseil de Sécurité occupé depuis 1950 par Taïwan. Des relations parfois difficiles certes, mais tout de même suffisamment suivies pour que Paris fasse office d’interlocuteur exigeant et respecté.

Il convient de rappeler la participation de Taïwan sous la dénomination « Taipei-Chine » à des grands événements internationaux comme les Jeux Olympiques et Paralympiques ou à des instances multilatérales comme le GATT pour les tarifs douaniers et commerce ou ainsi qu’à la Banque Asiatique de Développement.

Il y a donc un espace politique de dialogue et de discussion, avec Pékin et non contre elle, qui existe et doit être approfondi.

Il est vrai que Taïwan, de fait, existe et dispose d’un organe législatif, exécutif et administratif. De plus, le renouvellement des générations renforce la distance prise avec Pékin. En effet, 85,6 % des Taïwanais sont nés après la séparation de fait de l’île et du continent.

Cependant, je me permets de rappeler que sur cette île, la Constitution de la République de chine est toujours applicable et qui intègre dans son territoire la Chine continentale et des territoires russes, indiens ou encore mongols.

Le contexte de confrontation déclenchée par Donald Trump est stratégique, politique et commerciale. Ce contexte n’est d’ailleurs pas étranger, au regain des mobilisations sur Taïwan, à l’enjeu de la rivalité stratégique.

Toutefois, nous ne pouvons pas omettre non plus que la situation actuelle laisse craindre une escalade pékinoise qui pourrait aboutir à un conflit.

Que gagnera la France à s’impliquer dans cette stratégie de confrontation ? La réponse occidentale doit-elle être de mettre de l’huile sur le feu ou apaiser la situation ?

Cette proposition de résolution, malheureusement, s’inscrit, par ailleurs, dans un alignement inquiétant de la France dans la roue des États-Unis. Son siège au Conseil de Sécurité de l’ONU mais aussi son histoire avec Pékin lui donne pourtant la responsabilité de se placer en conciliatrice. Les exemples du GATT ou du Comité International Olympique montrent qu’un espace existe, d’autant plus que l’île et le continent sont particulièrement dépendants.

L’adoption d’une telle résolution serait-elle de nature à aplanir les tensions ou au contraire à les exacerber à un point de non-retour ? Au vu des réactions officielles de Pékin, on peut craindre une rupture franco-chinoise qui nuirait à Paris à bien des égards.

Soutenir cette proposition de résolution serait s’inscrire dans l’agenda stratégique porté par les États-Unis et sortirait la France de sa position de neutralité dans le dossier. C’est pourquoi notre groupe s’abstiendra.

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