À la tribune

Convention internationale Sécurité de la Coupe du Monde de football de 2022

Cette Coupe du monde cristallise toutes les problématiques de nos relations avec le Qatar

Le 15 février 2022, le Sénat analysait la convention internationale "Sécurité de la Coupe du Monde de football de 2022".

C’est Michelle Gréaume qui a prononcé l’intervention générale au nom du groupe CRCE sur ce texte que les sénateurs communistes ne voteront pas.

Lire le texte de l’intervention

Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Mes cher.e.s collègues,

Cette Coupe du monde cristallise toutes les problématiques de nos relations avec le Qatar. Disons-le d’entrée, son boycott ne nous semble plus pertinent pour plusieurs raisons.

Sur la forme, c’est une question qui aurait dû se poser avant même le premier match des éliminatoires en mars dernier.

Sur le fond, cela revient à faire peser sur les épaules des sportifs la responsabilité de l’État, et leur donner le rôle de diplomates qu’ils n’ont pas.

Ce mondial sera t’il celui de la fête ou de la honte ?

Dès son attribution, le doute plane. Les soupçons de corruption sont étayés par des milliers de mails, renforcés par des présomptions de pressions politiques, venant notamment de l’Élysée. Rappelons-nous également que le Qatar avait le dossier le moins bien noté par l’expert de la FIFA. Ce triste épisode, qui s’ajoute aux suspicions concernant les éditions 1994, 1998, 2002 et 2010, impose une réelle réflexion sur le mode d’attribution des compétitions sportives internationales. Je rejoins en cela la tribune de Marie-George Buffet dans l’Humanité du 25 janvier dernier.

Puis c’est la préparation du mondial qui scandalise. Pour accueillir la compétition, le Qatar doit construire six des huit stades du tournoi, recourant à des milliers de travailleurs népalais, indiens et bangladais dont les passeports sont confisqués. Sous des températures dépassant parfois les 50°C, 6 750 ont perdu la vie quand les autorités qataries n’en concèdent que 37. Comment jouer sous de telles températures me demanderez-vous ? Et bien tout simplement en déplaçant la compétition en hiver, suite au vote, et en installant des systèmes de climatisation ultra-polluants dans le pays qui consomme déjà le plus de CO2 par habitant.

Pendant la compétition enfin, on peut craindre le pire. Il faut le rappeler, au Qatar l’homosexualité est toujours passible de peines de prison. Les femmes, si elles possèdent certains droits, sont toujours placées sous le régime de la tutelle et doivent faire avec une liste de vêtements interdits depuis 2014. La consommation d’alcool, si elle n’est pas formellement interdite, est quand même dans une zone floue.

Et dans tout ce contexte, nous devrions prendre la responsabilité d’envoyer des agents et des matériels pour assister les forces de sécurité qataries en amont et pendant l’événement ?

Cette convention, tout comme celle dont l’examen a été repoussé, doit nous interroger sur nos relations avec le Qatar.

On le sait, le Royaume est aujourd’hui dans l’obligation de redorer son image, faisant face à la fois aux pressions de ses voisins émiratis et saoudiens et à une économie trop peu diversifiée, dont deux ressources sont par ailleurs amenées à disparaître. Il serait naïf de penser que Doha investit autant dans le sport pour l’amour de la pratique et du développement de la pratique sportive. En cela, le Qatar rejoint d’autres États, dans le passé ou encore actuellement dans une stratégie de sportwashing non déguisée.

On le sait aussi, la France a fait depuis 1972 du Qatar un partenaire privilégié.
Cette coopération a des retombées culturelles, éducatives et en matière de transports, on le sait. Mais c’est surtout dans le domaine militaire que brillent les relations entre nos deux pays. Ainsi, le Qatar est le deuxième plus gros acheteurs d’armes à la France, après cette autre grande démocratie qu’est l’Arabie saoudite…

Malgré les multiples atteintes aux Droits humains, qui concernent d’ailleurs aussi la préparation de la Coupe du monde, la France se satisfait très bien d’une relation qui lui apporte plusieurs dizaines de milliards d’euros dans la balance commerciale. C’est à peine si Paris parle de « discours exigeants » à tenir à l’Émir d’un pays que les différents gouvernements qualifient volontiers d’en « voie de modernisation ».

Je ne pense pas que nous puissions nous satisfaire d’un tel discours et de telles pratiques. Et ce d’autant plus quand, dans le même temps, on s’enorgueillit d’être le « pays des Droits de l’Homme » et de la lutte contre le terrorisme, alors même que le Qatar est fortement soupçonné de financer des groupes terroristes. C’est à la vue de tous ces éléments que nous voterons contre ce texte. Merci.

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